En 1890, les habitants de la rue des Quatre-Vents dansent au son de l'accordéon de Marcel l'Auvergnat. Marco l'Italien, Guénaëlle la Bretonne, Stefaan le Belge, tous se retrouvent pour quelques pas de danse.
Au fil des ans et des décennies, la rue des Quatre-Vents voit arriver des travailleurs chinois, Anastas un Armanien, Werner un juif allemand, Tiago un Portugais, Tarek l'Algérien, ou encore Aïssatou la Guinéenne.
Citations "1900. Aujourd’hui, c’est le plus beau jour de la vie de Mikhaïl : sa femme et leurs enfants sont enfin là. Trois ans qu’il ne les avait pas vus. Trois ans qu’ils attendaient , là-bas, si loin, en Russie, de pouvoir rejoindre dans ce pays de liberté, la France. Ici, les Juifs ont le droit de s’installer où ils veulent, de faire le métier qu’ils veulent."
L'avis d'Histoire d'en lire
La rue des Quatre-Vents peut être n'importe quelle rue de région parisienne ou d'une autre région en France. Et comme des milliers d'autres rues, elle n'accueille pas que des Français "pure souche". La rue des Quatre-Vents est bercée par la multiplicité des origines de ses habitants, leurs langues, leurs spécialités, leurs coutumes.
Jessie Magana a déjà écrit de nombreux romans et documentaires jeunesse sur le thème de l'immigration mais ils s'adressaient à des enfants en âge de lire seuls. Avec cet album à caractère documentaire, elle vient toucher un lectorat plus jeune, à partir de 6 ans, pour le sensibiliser à la diversité du monde qui l'entoure, au plus proche de lui, c'est-à-dire dans sa rue.
Pour cela, elle consacre une double page à une période, en partant de 1890, la fin du XIXe marquée par l'industrialisation et le fort besoin de main d’œuvre amenant des hommes relativement proches de la France à venir travailler dans les usines. Chaque nouvelle double page invite à avancer dans le temps. On passe ainsi par la Première Guerre mondiale et la venue des tirailleurs sénégalais. Avant et pendant la Seconde Guerre mondiale, les juifs viennent trouver refuge en France, ainsi que les Espagnols qui fuient la dictature de Franco. Après la guerre, la France est en pleine reconstruction et là encore, le besoin en main d’œuvre amène de nombreux Maghrébins à venir s'installer pour trouver du travail.
Et petit à petit, l'autrice nous amène jusqu'à 2026 avec l'accueil d'Ukrainiens, de Mahorais et Congolais qui ont fui la misère, leur pays en guerre ou dévastés par une catastrophe naturelle.
L'illustration en paysage de Magali Attiogbé occupe les trois quarts de la page. Chaque nouvelle page montre bien l'évolution de la rue. Son architecture se modifie. Nous rencontrons les nouveaux habitants. Et en regard, à droite, le texte imprimé sur un rabat qui s'ouvre pour élargir encore cette rue, raconte l'histoire d'une date et de plusieurs habitants, nouveaux arrivants, la raison de leur venue.
Jessie Magana a voulu des textes concis et qui mettent tout de suite en lumière ces mouvements de population. L'enfant s'amusera à retrouver dans l'image les personnages justement évoqués et décrits. Une sorte de "cherche et trouve" qui donne un côté ludique à un thème d'actualité et de société qui concerne tout un chacun.
Avec force et justesse, Jessie Magana rappelle en conclusion de l'album que personne ne quitte son pays par hasard. Si ces hommes, femmes et enfants prennent d'énormes risques pour rejoindre la France ou du moins l'Europe, c'est parce qu'ils n'ont plus aucun espoir de vivre dans leur pays d'origine. Une grande misère, la guerre, la dictature sont autant de raisons qui les amènent à faire le choix du départ, laissant derrière eux leurs souvenirs, souvent une partie de leur famille. Quitter leur pays est un déchirement. En chemin, ils risquent leur vie à tout instant mais l'idéal d'un pays en paix, d'un pays des droits de l'homme leur permet de tenir et d'espérer. Quelle désillusion ce doit être pour eux lorsqu'ils sont parqués dans des prisons, des camps, sont renvoyés chez eux ! Arrêtons d'avoir peur des autres ! Nous sommes tous des autres ! Nous avons tous une histoire et des origines différentes.
Merci à Jessie Magana et Magali Attiogbé de continuer ce travail de sensibilisation et d'ouverture au monde, auprès des plus jeunes.