En 1848, en Ardèche.
Méline, 8 ans, va pouvoir travailler dans une fabrique de soie avec sa sœur de 13 ans, Armance, bien que le travail soit interdit aux enfants de moins de 10 ans. Mais tout salaire, même modeste, est indispensable aux familles pour subsister.
Les journées sont très longues : le travail commence à 4h le matin et ne s'arrête pas avant 19h ! Pourtant, Méline est heureuse d'être aux côtés de sa sœur et de ses nouvelles amies.
Tous les week-ends, les deux filles rentrent chez elles mais ces pauses ne se passent pas toujours bien : leur père est souvent de mauvaise humeur et s'en prend constamment à Armance, qui commence à se poser des questions. Pourquoi la traite-t-il ainsi ? Y aurait-il un lien avec le fait qu'une des filles de la fabrique l'ait traitée de "bâtarde" ?
Cela n'empêche pas Armance de tomber amoureuse et d'espérer une vie meilleure, comme rejoindre la fabrique de soie de Monsieur Blanchon, à Saint-Julien.
Citations "Juléva avait tendu un papier. Le moulinier y avait jeté un oeil distrait. Méline était née le 2 février 1840 et, comme nous étions en mars 1848, elle avait huit ans et un mois.
- Ma fille aînée, Armance, qui a quatorze ans, travaille déjà chez vous, au dévidage, je crois qu'elle vous donne satisfaction, et Méline est aussi courageuse que sa sœur.
- Je n'ai pas le droit d'engager des enfants de moins de dix ans, avait bougonné le moulinier.
- Je sais, monsieur, mais c'est pas moi qui irais dire son âge et j'ai fait la leçon à la petite, elle répètera autour d'elle qu'elle a dix ans.
- Et si j'ai un contrôle de Monsieur l'inspecteur du travail, l'amende sera pour moi ! s'était emporté le moulinier.
- S'il vous plaît, avait supplié sa mère, la vie est si dure ! Là-haut, sur le plateau, la terre rapporte rien, mon mari et mon fils Bastien travaillent comme des bêtes et nous n'y arrivons pas. Le salaire de Méline, ajouté à celui d'Armance, nous permettra d'acheter une chèvre, de faire des fromages et... enfin de pouvoir vivre... s'il vous plaît, monsieur..." p. 10-11
L'avis d'Histoire d'en lire
Originaire d'Ardèche, Anne-Marie Desplat-Duc met en lumière une production phare du département, la soie, et s'intéresse aux conditions de travail en ce milieu de XIXe siècle.
Le moulinage La Soie au bout des doigts est un roman pour enfant qui restitue la réalité économique et sociale d'un territoire bien précis, en pleine révolution industrielle.
Anne-Marie Desplat-Duc décrit ce qu'était le moulinage, les tâches effectuées par les ouvriers et ouvrières, et les longues journées de labeur.
La fabrication de soie représente le poumon économique de l'Ardèche, c'est le principal employeur de tout le département, au même titre que les mines de charbon dans le Nord de la France.
L'autrice utilise le lexique propre à ce milieu bien particulier, sans oublier de définir les mots spécifiques en notes de bas de page.
Le travail des enfants L'autre réalité décrite par ce roman, c'est le travail des enfants.
Bien qu'une loi de 1840 le règlemente et interdise l'emploi d'enfants de moins de 10 ans, la réalité est toute autre sur le terrain.
Méline, 8 ans, va rejoindre sa grande sœur, Armance, 13 ans, au moulinage de Champ-la-Lioure, et elle en éprouve de la fierté.
C'est pourtant un quotidien plus difficile qui se cache derrière ces emplois de tout jeunes enfants. Les familles ont besoin de ces menus salaires pour survivre !
Avec justesse, Anne-Marie Desplat-Duc restitue les longues journées de 16h de travail, le lever à 3h, la semaine passée sur place, le chemin à faire à pied pour rentrer chez les parents dès le vendredi après-midi.
La condition féminine et l'instruction Ce roman dépeint également la mentalité de la majorité des hommes au sujet de la condition féminine : une femme ne devait pas avoir d'éducation, cela ne servait à rien pour le travail aux champs ou à l'usine.
Armance entre en conflit avec son ami lorsqu'elle lui fait part de son envie d'étudier. Son père ne la comprend pas davantage, quand sa mère a dû, elle, se résigner.
Sur fond de quête des origines d'Armance, Anne-Marie Desplat-Duc nous offre un court récit sur un fond historique très précis, 1848, au cœur de la campagne française d'alors.