C'est avec une bombe de peinture que Lenny aime s'exprimer. Un art largement incompris de bon nombre d'adultes et qui lui vaut d'être puni pour la fin de ses vacances. Aussi, pour le sortir de son enfermement, son père décide d'emmener son fils pour une randonnée en forêt dans le Jura. C'est bien à contrecœur que Lenny doit le suivre.
Yelëni aurait dû accompagner le groupe des chasseurs et chasseuses mais elle s'est blessée à la cheville et doit rester avec la Grande Sage, les femmes enceintes, les enfants et les vieillards.
Alors que Yelëni maugrée dans son coin, Oumeï, la Grande Sage, l'invite à la suivre jusque dans la forêt.
Citations "- On va faire une rando dans le Jura !
Hugo a l'air aussi fier de lui que s'il lui annonçait une escapade à Disneyland. Lenny se décompose.
- Dans le... quoi ?
- Le Jura ! J'y passais mes vacances quand j'avais ton âge ! Tu as raison, on moisit ici. Il nous faut des sapins, du bon air, la vraie vie !" p. 29
"À quoi bon s'être entraînée à manier son propulseur durant toute la saison chaude ? Sa lance ne rate jamais sa cible, elle est bien plus adroite que ses frères, sa sœur et leurs amis réunis ! Saleté de blessure qui l'oblige à rester avec les femmes au ventre plein, la marmaille et les vieillards !" p. 32
L'avis d'Histoire d'en lire
Guetteurs de vie est un superbe roman illustré pour la jeunesse offrant un parallèle entre les peintures de Lascaux et le street art.
Cécile Alix et Bruno Pilorget ont déjà travaillé ensemble pour les éditions L'Élan Vert, également dans cette collection Pont des Arts - Les Carnets, avec le titre Il court ! Jesse Owens, un dieu du stade chez les nazis.
Ici, ils ont imaginé et dessiné l'histoire de deux jeunes gens, d'époques très éloignées et qui pourraient avoir plus de points communs qu'on ne le croit.
Art rupestre / art de rue
Le roman a d'emblée été construit pour tisser ce lien très étroit entre les peintures pariétales (et plus particulièrement celles de la grotte de Lascaux) et le street art.
Ce qui n'aurait peut-être pas été une évidence au premier abord, le devient tout de suite après la lecture de ce livre et du dossier documentaire présent en toute fin.
Par un code couleur, l'orangé/ocre pour le temps de la préhistoire, le bleu pour notre époque, les récits de Yelëni et Lenny se croisent jusqu'à se rejoindre et ne faire plus qu'un.
Guetteurs de vie vient rappeler que l'art, quelque soit sa forme, est un mode d'expression propre à l'être humain. Et ce sont les hommes et femmes de la préhistoire qui ont créé ces premières formes artistiques, en s'exprimant, en laissant un témoignage de leur passage, sur les parois des grottes.
Alors pourquoi le graffiti ne serait-il pas lui une forme d'expression artistique des XX et XXIe siècles ?
Le roman engage à la réflexion sur le sujet.
Une ode à la nature Tout en poésie, le texte de Cécile Alix nous entraîne dans un voyage initiatique pour être au plus près de la nature, à la source même de la vie.
Lenny suit son père lors d'une randonnée ; Yelëny suit Oumeï et, à des milliers d'années d'écart, ils vont vivre un moment suspendu.
Les peintures à la gouache de Bruno Pilorget et les quelques photos insérées également en cours de récit nous immergent dans cet univers merveilleux et sensible.
Ce roman est en plus servi par un bel écrin : une mise en page très soignée entre texte et illustrations, et le format carnet, qui en font un très bel objet.