Le 11 avril 1945, l'armée américaine libère le camp de Buchenwald, en Allemagne. Un millier d'enfants de différentes nationalités ont survécu. Ils s'appellent Zeev, Chaïm, Fischel. À force de patience, ils suivent un convoi organisé par l'Œuvre de Secours aux Enfants, qui les amène en France, au préventorium départemental d'Écouis, dans l'Eure. Il ne doit s'agir que d'une étape, avant peut-être de retrouver de la famille en Europe, aux États-Unis ou rester en France. Mais le retour à une "vie normale" s'avère difficile, après tout ce qu'ils ont vécu dans le camp.
Citations "- C'est vrai, les Français avaient des colis. Ils nous donnaient des choses, parfois...
- Pas tous...
- C'est pour ça que je veux aller en Palestine. Jamais je ne retournerai dans notre village, je suis sûr qu'on nous déteste toujours.
- J'ai entendu dire que des communistes d'ici sont prêts à s'occuper de nous si on va en Pologne avec eux. Ils sont en train d'organiser des départs en camion.
- Tu te fous de moi ! Les Polonais nous ont pris nos maisons, je veux plus les voir !" p. 30
L'avis d'Histoire d'en lire
Je ne connaissais pas l'histoire des enfants rescapés du camp de Buchenwald avant cette lecture.
Dans cette BD d'environ 130 pages, Dominique Missika (scénario), Anaïs Depommier (dessins) et Alessandra Alexakis (couleurs) se sont inspirées de la vie d'enfants ayant réellement survécu à ce camp pour retracer leur parcours.
Du camp au préventorium d'Écouis Les autrices débutent le récit le jour de la libération du camp de Buchenwald par l'armée américaine, le 11 avril 1945.
Mais les enfants doivent encore patienter plusieurs semaines avant d'être pris en charge. C'est pour cela que le premier tiers de la BD garde pour cadre le camp de Buchenwald. Il faut se rendre compte de l'organisation qui se met progressivement en place et mieux comprendre la situation des principaux jeunes que nous allons suivre tout au long du récit.
Ce sont ainsi 426 enfants qui sont pris en charge par l'Œuvre de Secours aux Enfants. Ces garçons orphelins arrivent en France (à Écouis, dans l'Eure). Ils ne connaissent pas ce pays et n'en parlent pas la langue. Dominique Missika restitue d'ailleurs la diversité linguistique des différents personnages.
Le carnet documentaire en fin de BD présente le personnel de l'OSE qui s'est occupé des enfants de Buchenwald. Des hommes et des femmes que les autrices ont mis en scène dans le récit : Françoise Brauner, Niny, Fanny Loinger, Rachel Minc-Lipstein...
Le long parcours de la résilience
J'ai été touchée par les personnages et la façon dont les autrices ont su, avec justesse, restituer le traumatisme des enfants.
Chacun d'entre eux est profondément marqué par ce qu'il a vécu dans le camp de Buchenwald. En témoignent les dessins d'Anaïs Depommier et les traits anguleux des visages des enfants. Pourtant, le carnet documentaire précise que les hommes prisonniers du camp faisaient leur possible pour épargner aux enfants le travail difficile ou la cruauté des SS. Ils parvenaient même à les nourrir et les instruire.
Malgré cela, ces enfants ont perdu leurs parents qui ont, pour la plupart, été gazés et brûlés. De fait, leur reconstruction va être très difficile. Il est beaucoup question de la libération par la parole et des émotions encore difficiles à exprimer.
Les deux autres tiers de la BD ont pour cadre le préventorium qui n'est censé être qu'un lieu de passage.
Ce livre rend un bel hommage à ces hommes et ces femmes si dévoué.es de l'Œuvre de Secours aux Enfants alors que la tâche s'avérait difficile et qu'ils et elles n'y étaient pas préparé.es. Le retour à une vie normale va s'avérer long.
Une BD extrêmement bien documentée, précise, réalisée avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.