En Allemagne, dans les années 1930.
Les jumeaux Christa et Emil et leur ami Hans trompent l'ennui des vacances en jouant dehors. Plus timide, Christa reste souvent seule pendant que les garçons jouent dans les champs ou construisent des cabanes.
Jusqu'à ce qu'elle fasse la connaissance de Peter, un garçon de son âge, qui lui ramène sa perruche qui s'était échappée. Peter intègre le groupe d'amis.
Leur quotidien est rythmé par leurs jeux en extérieur, les leçons de piano et les cours à l'école.
Sauf qu'Adolf Hitler vient d'être élu à la tête de l'Allemagne. Les premières mesures visant les personnes de couleur tombent. Peter est renvoyé de l'école. Christa et Emil sont eux aussi moqués. La jeune fille n'avait pas perçu leur différence de couleur de peau, venant de leur mère. Cette dernière ne sait d'ailleurs rien de ses origines, mais perçoit de plus en plus le danger qui les menace.
Citations "- Ils ont dit que Peter avait la couleur de la merde. Puis, quand je suis venu, ils ont dit que j'étais resté trop au soleil et que moi aussi, je commençais à prendre la couleur de la merde, que c'était pour ça que je le défendais.
Nous nous prîmes la main. Je pouvais sentir les pulsations de son cœur, ou peut-être était-ce le mien ; des palpitations saccadées, résonnant dans tout notre corps.
- En tout cas, je lui ai donné un bon crochet du droit, déclara Emil.
Je réussis à feindre un rire, Emil me serra plus fort la main. Nos doigts restèrent entrelacés jusqu'à ce que le sommeil nous envahisse." p. 40
L'avis d'Histoire d'en lire
Troisième roman jeunesse d'Audrey Mafouta-Bantsimba, La Couleur de nos étés est aussi le premier livre pour la jeunesse à aborder un sujet inédit sur l'Allemagne nazie : le traitement des afro-descendants.
Un récit de vie Audrey Mafouta-Bantsimba s'est appuyée sur le témoignage de Theodor Wonja Michael, un acteur afro-allemand, journaliste et rescapé des camps de travail nazis. Un témoignage qui l'a bouleversée et a fait écho à ses origines congolaise et allemande.
Alors elle a imaginé un quatuor d'amis : les jumeaux Christa et Emil, Hans et Peter. Des amis dont le quotidien est fait de jeux, de cours de piano pour Christa et Emil, de travail pour Hans et d'école, mais aussi d'ennui. Un quotidien qui semble assez banal dans ces années 1930.
Christa est la narratrice du roman. Très timide, elle est effacée par rapport aux garçons. Souvent seule, elle lit, nous gratifiant de nombreuses références littéraires de contes et/ou auteurs allemands, et reste auprès de sa mère.
Mais Christa raconte ses souvenirs d'enfance, sans que l'on sache véritablement l'âge qu'elle a lorsqu'elle se remémore ses années d'enfance et de guerre. Elle peut donc davantage développer le contexte de ce qu'elle a vécu, parce qu'elle a suffisamment de recul pour faire du lien entre ses souvenirs propres et les événements historiques.
Audrey Mafouta-Bantsimba s'est appuyée sur des sources littéraires, documentaires et cinématographiques pour enrichir les descriptions et la narration.
La montée du nazisme en Allemagne Le roman couvre la période 1931-1948 environ.
Emil, Christa et leurs parents sont allemands. Et jusqu'à l'arrivée au pouvoir d'Hitler, leur couleur de peau ne changeait rien à leur quotidien. Ou en tout cas, la population n'en disait rien.
Mais dès qu'Hitler commence à prendre les premières mesures à l'encontre des "étrangers à la race", les langues se délient.
Christa souffre rapidement de cette situation et c'est de cette manière qu'elle comprend que sa mère a d'autres origines. Et qu'elle et son frère en ont hérité, même si leur couleur de peau est moins prononcée que celle de leur mère.
La Couleur de nos étés est un roman unique sur le traitement des Afro-descendants en Allemagne.
L'antisémitisme est évoqué aussi à plusieurs reprises. Il est question de gens qui disparaissent, sans qu'on ait jamais de nouvelles, tel M. Schwartz, le professeur de piano de Christa et Emil. Le parallèle est alors fait avec les Afro-descendants. Peter est renvoyé de l'école, les jumeaux le sont également un peu plus tard. La menace grandit de jour en jour.
Et que dire de ces Noirs allemands qu'on retrouve dans des programmes cinématographiques de propagande ?
Christa et sa mère sont extrêmement inquiètes, au fil de la situation qui s'aggrave. Et quelle attitude adopter quand l'un de ses amis intègre les Jeunesses hitlériennes ?
L'Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale Le roman couvre toute la période de la guerre, un point de vue rare en littérature jeunesse. L'autrice ne précise pas la ville où se déroule le récit, préférant généraliser.
Mais elle a veillé, dans tous les cas, à être au plus près de ce qu'il s'est passé et par l'entremise de Christa, décrit les bombardements, les ruines, les hommes mobilisés, les disparus, puis la reconstruction.
Comparant les saisons aux émotions qui la traversent, Christa nous transmet un vécu sur une situation qu'on ne connaît pas ou mal. Son discours l'amène et nous amène à nous poser de nombreuses questions.