À Paris, en décembre 1885. Le "grand spectacle de l'étrange" invite petits et grands à découvrir des créatures extraordinaires : femme serpent, femme oiseau, avaleur de sabres et même un véritable korrigan venu de Cornouaille.
Mais ce qui est d'autant plus étrange, c'est que certaines personnes ont reçu une invitation à ce spectacle, quelques jours seulement avant de se faire dérober tous leurs bijoux et leur argent par des créatures qui parviennent à s'enfuir par les toits.
Immobilisé par une chute qui l'a conduit à l'hôpital, le commissaire confie l'affaire à sa nièce. La Confrérie de Vidocq va enquêter !
Citations "- Débrouillez-vous, Edmond ! Employez tous les moyens que vous voudrez, ça m'est égal, mais remettez la main sur mes biens ! Sinon, vous pouvez oublier votre admission au cercle de la Maison d'or...
- Je vais faire le maximum, Alphonse ! Je vous le promets.
- Vous allez voir, Monsieur Ribaucourt ! Mon papa, c'est le meilleur policier de tout Paris !
- Ça vaudrait mieux ! Je compte sur vous pour faire des étincelles ! Et aussi sur votre discrétion. Ces diamants peuvent aisément attiser les convoitises. Faites-moi savoir dès que vous aurez du nouveau !
- Le pire avec tout ça, c'est que le préfet va me retirer l'enquête. Et c'est ce blaireau de François Cofrin qui va reprendre le dossier. Comment je vais faire, moi ?! C'est la vengeance divine. Je suis puni par où j'ai pêché. Je n'aurais jamais dû faire tomber Cofrin dans l'escalier...
Eugénie, il faut que tu mènes cette enquête à ma place.
- Mais on n'a aucune piste, oncle Edmond !" p. 11
L'avis d'Histoire d'en lire
Deuxième tome et deuxième enquête que va devoir mener la Confrérie de Vidocq.
Enfants enquêteurs
Le parti pris de cette série BD est bien sûr de mettre en scène de jeunes héros et héroïne, pour que les enfants s'identifient plus facilement à eux.
Eugénie est la nièce d'Edmond, commissaire de police de Paris, mais plus vite enclin à boire un peu trop plutôt que courir avec les voleurs.
Edmond a recueilli sa nièce abandonnée à la naissance. Et maintenant qu'elle est une jeune fille, il a bien perçu ses capacités de réflexion et de déduction. Une parfaite petite enquêtrice, qui peut le seconder, voire même carrément le remplacer...
Et la jeune Eugénie peut compter sur le soutien de deux amis : Charles et Arthur qui apportent eux aussi des répliques drôles, touchantes et pertinentes.
Zoom sur les korrigans
Comme dans le tome précédent, l'intrigue est développée sur plusieurs lieux, amenant ainsi davantage d'action.
Il est question d'un "spectacle de l'étrange". Eugénie comprend très vite que les vols commis ont un lien direct avec ce spectacle puisque les victimes avaient reçu une invitation quelques jours avant le vol proprement dit.
Éric Summer décrit ici un phénomène tristement réel de cette fin de XIXe siècle : les spectacles de monstres. Il s'agissait d'exhiber des humains présentant des caractéristiques physiques différentes et qui les faisaient apparaître comme "monstrueux". Les spectateurs se pressaient pour venir voir ce genre de spectacle : ici, on découvre une femme-serpent, une femme-oiseau, un avaleur de sabre et surtout des korrigans. Le scénariste fait ainsi référence aux légendes bretonnes et c'est d'ailleurs sur une scène en Bretagne que s'ouvre ce tome.
Avec beaucoup de finesse, Éric Summer part de cette légende autour des korrigans, créatures ressemblant à des lutins bienveillants ou malveillants, et retourne cette légende et la crainte qu'inspire la vue de ces personnes ici dans la BD en montrant qu'il s'agit d'hommes et de femmes souffrant d'une maladie.
Mais des personnages très mal intentionnés ont bien perçu l'intérêt de capturer ces personnes pour commettre des vols et inspirer la crainte.
C'est superbement dessiné, l'enquête est prenante et dynamique. Immersion totale !